June 24, 2007

Alfred de Musset ~ "Emmeline"

In the mid 30ies of the 19th century, a very young, talented and controversed poet, dramatist and novelist entered the Paris´literary scene: Afred de Musset (*December 11, 1810 - May 2, 1857).



He is probably best known for his plays "On ne badine pas avec l´amour" (1834) and "Les caprices de Marianne" (1833) and... his passionate love affair with




George Sand whom he dedicated his famous novel "La Confession d´un enfant du siècle" to.

I would like to take a different approach and (re-)introduce him to you through his charming and sensitive little novel "Emmeline", published 1841 in "Souvenirs, Novelles". It is less know than his other work, but in my view one of the most beautiful treatises of an everlasting subject. I will only republish a syllabi of the text, that is the second part of the novel. I hope you´ll enjoy reading it, and I hope this will inspire you to read more from Alfred de Musset.

I have desperately tried to find an English translation, but didn´t so far, so whilst still searching for one, I will start publish the original French text for all of you who want to train your French language skills and get into this matter;-)

So watch this space!

x Alice

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Alfred de Musset ~ Emmeline





Chapitre IV


Parmi les habitués de l´hôtel de Marsan se trouvait un jeune homme nommé Gilbert. Je sens, Madame, qu´en vous parlant de lui, je touche ici à un point délicat, et je ne sais trop comment je m´en tirerai.

Il venait, depuis deux mois, une ou deux fois par semaine, chez la comtesse, et ce qu´il ressentait près d´elle ne doit peut-être pas s´appeler de l´amour. Quoi qu´on en dise, l´amour, c´est l´espérance; et telle que ses amis la conaissaient, si Emmeline inspirait des désirs, sa conduite et son caractère n´étaient pas faits pour les enhardir. Jamais, en présence de madame de Marsan, Gilbert ne s´était adressé de question de ce genre. Elle lui plaisait par sa conversation, par ses manières de voir, par ses goûts, par son esprit, et par un peu de malice qui est le hochet de l´esprit. Éloigné d´elle, un regard, un sourire, quelque beauté secrète entrevue, que sais-je? mille souvenirs s´emparaient de lui, et le poursuivaient incessamment, comme ces fragments de mélodie dont on ne peut se débarrasser à la suite d´une soirée musicale; mais, dès qu´il la voyait, il retrouvait le calme, et la facilité qu´il avait de la voir souvent l´empêchait peut-être de souhaiter davantage, car ce n´est quelquefois qu´en perdant ceux qu´on aime qu´on sent combien on les aimait.



Paul Verlaine ~ Gustave Courbet

En allant le soir chez Emmeline, on la trouvait presque toujours entourée; Gilbert n´arrivait guère que vers dix heures, au moment où il y avait le plus de monde, et personne ne restait le dernier: on sortait ensemble à minuit, quelquefois plus tard, s´il s´était trouvé une histoire amusante en train. Il en résultait que, depuis six mois, malgré son assiduité chez la comtesse, Gilbert n´avait point eu de tête-à-tête avec elle. Il la connaissait cependant très bien, et peut-être mieux que de plus intimes, soit par une pénétration naturelle, soit par un autre motif qu´il faut vous dire aussi. Il aimait la musique autant qu´elle; et, comme und goût dominant explique bien des choses, c´était par là qu´il la devinait: il y avait telle phrase d´une romance, tel passage d´un air italien qui était pour lui la clef d´un trésor; l´air achevé, il regardait Emmeline, et il était rare qu´il ne rencontrât pas ses yeux. S´agissait-il d´un livre nouveau ou d´une pièce représentée la veille, si l´un d´eux en disait son avis, l´autre approuvait d´un signe de tête. À une anecdote, il leur arrivait de rire au même endroit; et le récit touchant d´une belle action leur faisait retourner les regards en même temps, de peur de trahir l´émotion trop vive. Pour tout exprimer par un bon vieux mot, il y avait entre eux sympathie. Mais, direz-vous, c´est de l´amour; patience, madame, pas encore.

Gilbert allait souvent au Bouffes, et passait quelquefois un acte dans la loge de la comtesse. Le hasard fit qu´un de ces jours-là on donnât encore Don Juan. M. de Marsan y était. Emmeline, lorsque vint le trio, ne put s´empêcher de regarder à côté d´elle et de se souvenir de son mouchoir; c´était, cette fois, le tour de Gilbert de rêver au son des basses et de la mélancholique harmonie; toute son âme était sur les lèvres de mademoiselle Sontag, et qui n´eût pas senti comme lui aurait pu le croire amoureux de la charmante cantatrice; les yeux du jeune homme étincelaient. Sur son visage un peu pâle, ombragé de longs cheveux noirs, on lisait le plaisir qu´il éprouvait; ses lèvres étaient entr´ouvertes, et sa main tremblante frappait légèrement la mesure sur le velours de la balustrade. Emmeline sourit; et en ce moment, je suis forcé de l´avouer, en ce moment, assis au fond de la loge, le comte dormait profondément.

La Loge (1874) ~ Pierre-Auguste Renoir

Tant d´obstacles s´opposent ici-bas à des hasards de cette espèce, que ce ne sont que des rencontres; mais, par cela même, ils frappent davantage, et laissent un plus long souvenir: Gilbert ne se douta même pas de la pensée secrète d´Emmeline et de la comparaison qu´elle avait pu faire. Il y avait pourtant de certains jours où il se demandait au fond du coeur si la comtesse était heureuse; en se le demandant, il ne le croyait pas; mais dès qu´il y pensait, il n´en savait plus rien.
Voyant à peu près les mêmes gens et vivant dans le même monde, ils avaient tous deux nécessairement mille occasions de s´écrire pour des motifs légers; ces billets indifférents, soumis aux lois de la cérémonie, trouvaient toujours moyen de renfermer un mot, une pensée, qui donnait à rêver. Gilbert restait souvent une matinée avec une lettre de madame de Marsan ouverte sur la table; et malgré lui, de temps en temps il y jetait les yeux. Son imagination excitée lui faisait chercher un sens particulier aux choses les plus insignificantes; <>; et il avait beau n´y voir qu´une formule amicale, il se répétait que ce mot voulait pourtant dire: Toute à vous.


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Sans être homme à bonne fortunes commes M. de Sorgues, Gilbert avait eu des maîtresses: il était loin de professer pour les femmes cette apparence de mépris précoce que les jeunes gens prennent pour une mode, mais il avait sa facon de penser, et je ne vous expliquerai pas autrement qu´en vous disant que la comtesse de Marsan lui paraissait une exception. Assurément, bien des femmes sont sages; je me trompe, madame, elles le sont toutes; mais il y a manière de l´être. Emmeline, à son âge, riche, jolie, un peu triste, exaltée sur certains points, insouciante à l´excès sur d´autres, environnée de la meilleure compagnie, pleine de talent, aimant le plaisir, tout cela semblait au jeune homme d´étranges éléments de sagesse. "Elle est belle, pourtant! se disait-il, tandis que par les douces soirées d´août il se promenait sur le boulevard Italien. Elle aime sojn mari sans doute, mais ce n´est que de l´amitié; l´amour est passé; vivra-t-elle sans amour?" Tout en y pensant, il fit réflexion que depuis six mois il vivait sans maîtresse.

Un jour qu´il était en visites, il passa devant la porte de l´hôtel Marsan, et y frappa, contre sa coutume, attendu qu´il n´était que trois heures: il espérait trouver la comtesse seule, et il s´étonnait que l´idée de cet heureux hasard lui vînt pour la première fois. On lui répondit qu´elle était sortie. Il reprit le chemin de son logis de mauvaise humeur, et, comme c´était son habitude, il parlait seul entre ses dents. Je n´ai que faire de vous dire à quoi il songeait. Ses distractions l´entraînèrent peu à peu, et il s´écarta de sa route. Ce fut, je crois, au coin du carrefour Bussy qu´il heurta assez rudement un passant, et d´une manière au moins bizarre; car il se trouva tout à coup face à face avec un visage inconnu, à qui il enait de dire tout haut: " Si je vous le disais, pourtant, que je vous aime?"

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Il s´esquivait honteux de sa folie, dont il ne pouvait s´empêcher de rire, lorsqu´il s´apercut que son apostrophe ridicule faisait un vers assez bien tourné. Il en avait fait quelques-uns du temps qu´il était au collège; il lui prit la fantaisie de chercher la rime et il la trouva comme vous allez voir.
Le lendemain était un samedi, jour de réception de la comtesse. M. de Marsan commencait à se relâcher de ses résolutions solitaires, et il y avait grande foule ce jour-là; les lustres allumés, toutes les portes ouvertes, cercle énorme à la cheminée, les femmes d´un côté, les hommes d l´autre; ce n´était pas un lieu à billet doux. Gilbert s´approcha, non sans peine, de la maîtresse de la maison; après avoir causé de choses indifférentes avec elle et ses voisines un quart d´heure, il tira de sa poche un papier plié qu´il s´amusait à chiffonner. Comme ce papier, tout chiffonné qu´il était, avait pourtant un air de lettre, il attendait qu´on le remarquerait; quelqu´un le remarqua en effet, mais ce ne fut pas Emmeline. Il le remit dans sa poche, puis l´en tira de nouveau; enfin la comtesse y jeta les yeux et lui demanda ce qu´il tenait. "Ce sont, lui dit-il, des vers de ma facon que j´ai faits pour une belle dame, et je vous les montrerais, si vous me promettiez que, dans le cas où vous devineriez qui c´est, vous ne me nuirez pas dans son esprit."
Emmeline prit le papier et lut les stances suivantes:

À NINON

Si je vous le disais, pourtant, que je vous aime,
Qui sait, brune aux yeux bleus, ce que vous en diriez?
L´amour, vous le savez, cause une peine extrême:
C´est un mal sans pitié que vous plaignez vous-même;
Peut-être cependant que vous m´en puniriez.

Si je vous le disais, que six mois de silence
Cachent de longs tourments et des voeux insensés?
Ninon, vous êtes fine, et votre insouciance
Se plaît, comme une fée, à deviner d´avance.--
Vous me répondriez peut-être: Je le sais.

Si je vous le disais, qu´une douce folie
A fait de moi votre ombre, et m´attache à vos pas?
Un petit air de doute et de mélancolie,
Vous le savez, Ninon, vous rend bien plus jolie;--
Peut-être diriez-vous que vous n´y croyez pas.

Si je vous le disais, que j´emporte dans l´âme
Jusques aux moindres mots de nos propos du soir?--
Un regard offensé, vous le savez, madame,
Change deux yeux d´azur en deux éclairs de flamme;--
Vous me défendriez peut-être de vous voir.

Si je vous le disais, que chaque nuit je veille,
Que chaque jour je pleure et je prie à genoux?
Ninon, quand vous riez, vous savez qu´une abeille
Prendrait pour une fleur votre bouche vermeille;--
Si je vous le disais, peut-être en ririez-vous.

Mais vous n´en saurez rien; -- je viens, sans en rien dire,

M´asseoir sous votre lampe et causer avec vous;
Votre voix, je l´entends, votre air, je le respire; --
Et vous pouvez douter, deviner et sourire,
Vos yeux ne verront pas de quoi m´être moins doux.

Je récolte en secret des fleurs mystérieuses;
Le soir, derrière vous, j´écoute au piano
Chanter sur le clavier vos mains harmonieuses,
Et, dans les tourbillons de nos valses joyeuses,
Je vous sens, dans mes bras, plier comme un roseau.

La nuit, quand de si loin le monde nous sépare,
Quand je rentre chez moi pour tirer mes verrous,
De mille souvenirs en jaloux je m´empare;
Et là, seul, devant Dieu, plein d´une joie avare,
J´ouvre, comme un trésor, mon coeur tout plein de vous.

J´aime, et je sais répondre avec indifférence;
J´aime, et rien ne le dit; j´aime, et seul je le sais;
Et mon secret m´est cher, et chère ma souffrance;
Et j´ai fait le serment d´aimer sans espérance,
Mais non pas sans bonheur; -- je vous vois, c´est assez.

Non, je n´était pas né pour ce bonheur suprême
De mourir dans vos bras et de vivre à vos pieds:
Tout me le prouve, hélas! jusqu´à ma douleur même...
Si je vous le disais, pourtant, que je vous aime,
Qui sait, brune aux yeux bleus, ce que vous en diriez?


The Reader (1770-1772)

Lorque Emmeline eut achevé sa lecture, elle rendit le papier à Gilbert, sans rien dire. Un peu après, elle le lui redemanda, relut une seconde foir, puis garda le papier à la main d´un air indifférent, comme il avait fait tout à l´heure, et, quelqu´un s´étant approché, elle se leva et oublia de rendre les vers.


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Chapitre V

Qui sommes-nous, je vous le demande, pour agir aussi légèrement? Gilbert était sorti joyeux pour se rendre à cette soirée; il revint tremblant comme une feuille. Ce qu´il y avait dans ses vers d´un peu exagéré et d´un peu plus que vrai, était devenu vrai dès que la comtesse y avait touché. Elle n´avait cepandant rien répondu, et, devant tant de témoins, impossible de l´interroger. Était-elle offensée? Comment interpréter son silence? Parlait-elle la première fois, et que dirait-elle? Son image se présentait tantôt froide et sévère, tantôt douce et riante. Gilbert ne put supporter l´incertitude; après une nuit sans sommeil, il retourna chez la comtesse; il apprit qu´elle venait de partir en poste, et qu´elle était au Moulin de May.
Il se rappela que peu de jours auparavant il lui avait demandé par hasard si elle comptait aller à la campagne, et qu´elle lui avait répondu que non; ce souvenir le frappa tout à coup.
"C´est à cause de moi qu´elle part, se dit-il; elle me craint, elle m´aime!"

À ce dernier mot, il s´arrêta. Sa poitrine était oppressée, il respirait à peine et je ne sais quelle frayeur le saisit; il tressaillit malgré lui à l´idée d´avoir touché si vite un si noble coeur. Les volets fermés, la cour de l´hôtel déserte, quelques domestiques qui chargeaient un fourgon, ce départ précipité, cette sorte de fuite, tout cela le troubla et l´étonna. Il rentra chez lui à pas lents. En un quart d´heure il était devenu un autre homme. Il ne prévoyait plus rien, ne calculait plus rien; il ne savait plus ce qu´il avait fait la veille, ni quelles circonstances l´avaient amené là; aucun sentiment d´orgueil ne trouvait place dans sa pensée; durant cette journée entière il ne songea pas même aux moyens de profiter de sa position nouvelle, ni à tenter de voir Emmeline; elle ne lui apparaissait plus ni douce ni sévère, il la voyait assise à la terasse, relisant les stances qu´elle avait gardées, et en se répétant: "Elle m´aime!" il se demandait s´il en était digne.
Gilbert n´avait pas vingt-cinq ans; lorsque sa conscience eut parlé, son âge lui parla à son tour. Il prit la voiture de Fontainebleau le lendemain, et arriva le soir au Moulin de May; quand on l´annonca, Emmeline était seule; elle le recut avec un malaise visible; en le voyant fermer la porte, le souvenir de M. de Sorgues la fit pâlir. Mais, à la première parole de Gilbert elle vit qu´il n´était pas plus rassuré qu´elle-même. Au lieu de lui toucher la main comme il faisait d´ordinaire, il s´assist d´un air plus timide et plus réservé qu´auparavant. Ils restèrent seuls environ une heure, et il ne fut question ni des stances ni de l´amour qu´elles eprimaient. Quand M. de Marsan rentra de la promenade, un nuage passa sur le front de Gilbert, il se dit qu´il avait bien mal profité de son permier tête-à-tête. Mais il en fut tout autrement d´Emmeline; le respect de Gilbert, l´avait émue, elle tomba dans la plus dangereuse rêverie, elle avait compris qu´elle était aimée, et de l´instant qu´elle se crut en sûreté, elle aima.
Lorsqu´elle descendit, le jour suivant, au déjeuneur, les belles couleurs de la jeunesse avaient reparu sur ses joues; son visage aussi bien que son coeur avait rajeuni de dix ans. Elle voulut sortir à cheval malgré un temps affreux; elle montait une superbe jument qu´il n´était pas facile de faire obéir, et il semblait qu´elle voulût exposer sa vie; elle balancait en riant sa cravache au dessus de la tête de l´animal inquiet, et elle ne put résister au singulier plaisir de le frapper sans qu´il eût méritité; elle le sentit bondir de colère et, tandis qu´il secouait l´écume dont il était couvert, elle regarda Gilbert. Par un mouvement rapide, le jeune homme s´était approché et voulait saisir la bride du cheval. "Laissez, laissez, dit-elle en riant, je ne tomberai pas ce matin."

Il fallait pourtant bien parler de ces stances, et ils s´en parlaient en effet beaucoup tous deux, mais des yeux seulement: ce langage en vaut bien en autre. Gilbert passa trois jours au Moulin de May, sur le point de tomber à genoux à chaque instant. Quand il regardait la taille d´Emmeline, il tremblait de ne pouvoir résister à la tentation de l´entourer de ses brar; mais, dès qu´elle faisait un pas, il se rangeait pour la laisser passer, comme s´il eût craint de toucher sa robe. Le troisième jour au soir, il avait annoncé son départ pour le lendemain matin; il fut question de valse en prenant le thé, et de l´ode de lord Byron sur la valse. Emmeline remarqua que, pour parler avec tant d´animosité, il fallait que le plaisir eût excité bien vivement l´envie du poète qui ne pouvait le partager (Byron était pied-bot); elle fut chercher le livre à l´appui de son dire, et, pour que Gilbert pût lire avec elle, elle se placa si près de lui que ses cheveux lui effleurèrent la joue. Ce léger contact causa au jeune homme un frisson de plaisir auquel il n´eût pas résisté si M. de Marsan n´eût été là. Emmeline s´en apercut et rougit: on ferma le livre, et ce fut tout l´événement du voyage.
Voilà, n´est-il pas vrai, madame, un amoureux assez bizarre? Il y a un proverbe qui prétend que ce qui est différé n´est pas perdu. J´aime peu les proverbes en général, parce que ce sont des selles à tous chevaux; il n´en est pas un qui n´ait son contraire, et quelque conduite que l´on tienne, on en trouve un pour s´appuyer. Mais je confesse que celui que je cite me paraît faux cent fois dans l´application, pour une fois qu´il se trouvera juste, tout au plus à l´usage de ces gens aussi patients que résignés, aussi résignés qu´indifférents. Qu´on tienne ce language en paradis, tandis que les saints se disent entre eux ce qui est différé n´est pas perdu, c´est à merveille; il sied à des gens qui ont devant eux l´éternité de jeter le temps par les fenêtres. Mais nous, pauvre mortels, notre chance n´est pas si longue. Aussi je vous livre mon héros pour ce qu´il est; je crois pourtant que, s´il eût agi de toute autre manière, il eût été traité comme M. de Sorgues.

(to be continued soon...)

Intermezzo


In the Tepidarium (1881) ~ Sir Lawrence Alma-Tadema
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poem "Intermezzo": self-censored and moved!

Segellos gerade ~ Sarah

Segellos gerade

Das Haar der Nereiden
an deinem Leib
zeugt von der Tiefe
die einst war

Zersplitterte Holzplanken
wiegen sich im Geiste
noch immer
doch stolz steht der Mast
segellos gerade

Die Flut glättet im täglichen Spiel
deine kantigen Konturen
du beherbergst Winde
auch sie sind angekommen

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Ein Gedicht von Sarah aus Zürich

June 15, 2007

Pablo Neruda ~ Wenn Du mich vergisst

Si tú me olvidas

Ich möchte, dass Du
eines weißt.

Du weißt ja, wie das ist:
Betrachte ich
den kristallenen Mond, den roten Zweig
des säumigen Herbstes an meinem Fenster,
berühre ich
beim Feuer
die ungreifbare Asche
oder den runzligen Körper des Holzes,
bringt mich alles zu Dir,
als wäre alles, was da ist,
Düfte, Licht, Metalle,
nichts andres als ein Schwarm kleiner Schiffe,
hinsegelnd zu Deinen Inseln, die mich erwarten.

Nun aber,
wenn Du allmählich aufhörst, mich zu lieben,
werde ich aufhören, Dich zu lieben, allmählich.

Wenn Du auf einmal
mich vergißt,
suche nicht nach mir,
denn ich werde Dich schon vergessen haben.

Scheint er Dir lang und irre lodernd,
der Fahnenwind,
der mein Leben durchweht,
und entscheidest Du Dich,
mich auszusetzen, am Rand
des Herzens, in dem ich verwurzelt bin,
so bedenke,
dass am selben Tag,
zur selben Stunde,
ich die Arme erhebe
und meine Wurzeln sich aufmachen,
einen anderen Boden zu suchen.

Doch wenn Du
jeden Tag,
jede Stunde
empfindest, dass Du für mich bestimmt bist,
mit unverrückbarer Süße,
wenn jeden Tag,
eine Blüte aufsprießt zu Deinen Lippen, um mich zu suchen,

ach, meine Liebe, ach, Meine,
so wiederholt sich in mir all dies Feuer,
und nichts erlischt in mir, nichts wird vergessen,
meine Liebe nährt sich von Deiner Liebe, Geliebte,
und solange Du lebst, wird sie in Deinen Armen sein,
ohne die meinen zu verlassen.

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aus: Pablo Neruda ~ Liebesgedichte, Sammlung Luchterland, September 1977, Deutsche Übersetzungen aus "Los versos del capitán" (1952), "20 poemas de amor y una canción desesperada (1924), "El hondero entusiasta" (1933)

Gesammeltes_01: "Die Möglichkeit der Freiheit verkündet sich in der Angst"


Angel in the Sky ~ amethyst.raindrops

Frank Kafka:
Franz Kafka hat eine Einladung nach Georgental angenommen. In einem Brief schreibt er an einen Freund: "Ich habe, aufrichtig gesagt, eine fürchterliche Angst vor der Reise, natürlich nicht gerade vor dieser Reise und überhaupt nicht nur vor der Reise, sondern vor jeder Veränderung; je größer die Veränderung ist, desto größer ist zwar die Angst, aber das ist nur verhältnismäßg, würde ich mich nur auf die allerkleinste Veränderung beschränken - das Leben erlaubt es allerdings nicht -, würde schließlich die Umstellung eines Tisches in meinem Zimmer nicht weniger schrecklich sein als die Reise nach Georgental."


Crocker Angel Mountain View Cemetery Oakland ~ johnmartine.63

Soren Kierkegaard:
"Die Möglichkeit der Freiheit verkündet sich in der Angst."


Angel With One Wing ~ Zen Cat

Dr. Arnold Retzer:
"Vor den Furchtlosen kann einem angst werden."

Woody Allen:
"Mag sein, dass es irgendwo in der Wirklichkeit einen Platz für mich gegeben hätte. Aber ich hatte nie Lust, dorthin zu gehen."

Angel wants the Sky ~ amishjim

Goethe:
"Nur wer die Sehnsucht kennt, weiß, was ich leide."

García Marquez:
"Nicht, was wir gelebt haben, ist das Leben, sondern das, was wir erinnern und wie wir es erinnern, um davon zu erzählen."

Brigitte Kohn über Cervantes´Don Quijote:
Die Probleme, die im Don Quijote verhandelt werden, sind zeitlos, sie entzünden sich nur an wechselnden Gegenständen. Sie kreisen um die Frage: Was ist die Wahrheit? Was ist Wirklichkeit?
Ohne Fantasien und Träume, ohne Virtualitätserfahrungen wäre sie gar nicht vorstellbar. Wirklichkeit besteht nicht einfach aus den Gegenständen der Außenwelt, sondern wird erzeugt durch die Art und Weise, wie die Individuen sie sichten und ordnen. Wirklichkeitserfahrung ist geistige Produktivität, gelenkt durch Sprache, Tradition und kulturelle Überlieferung. Das sieht bei jedem Menschen anders aus und bei Don Quijote eben so: "Alles, was er sah, wusste er seinem wahnwitzigen Ritterwesen und seinen Fantasien ... mit Leichtigkeit anzupassen." (...)
Angel facing the light ~ _RedShoesGirl_

Was ist verrückt, was ist normal? Was tötet, was macht lebendig? Was befreit, was legt in Fesseln? Wie man den Don Quijote auch dreht und wendet: Er gibt keine Antwort, er verstrickt seine Leser in Vieldeutigkeiten. Aber inspiriert, immer wieder neu, zum Abenteuer des Fragens und Suchens. Tot ist der verarmte Landjunker Alonso Quijano. Don Quijote aber lebt."

Fritz Perls:
"Ich bin ich, und Du bist Du."

Angel with Flowers ~ cybertoad

Volksweisheit:
"Wir bereuen nicht die Dinge, die wir tun, sondern nur die Dinge, die wir nicht getan haben."

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Quelle für alle *Engelsphotogafien*: www.flickr.com

June 06, 2007

Ice on Ice before Sun ~ the beacon



Photo: the beacon
Source: www.flickr.com

Ice Shelves, Breaking Up...


Photos by April H.

Moment Of A Torque*

Under the pack ice, the streaming is vivid,
There is an ever-moving gravity at work.
Sometimes, the undersea is wild and livid,
Other times, it is docile and fluffy-mild.

An enclosed stretch of fluids inside our veins
Is pulsing with plenty of stunning, vital parts:
Love, choler, compassion, sharp ardour and pains,
Happiness speckled with joyfully broken hearts.

As the perpetual ice, the system rips up,
Just once, or sometimes - every once in a while,
Opens trails for foreign energies to drop
Live-cells---volatile matters---evolution in sight?

This happens when a loving sun heats up the surface,
For seconds, warming even lost universes deep inside,
As if it had nothing else to do, it ripens a bunch of grapes,
Mocking at the ones who did not expect them to thrive.

What a fierce momentum, challenging momentous changes!
If you miss that moment, what is there left to say?
The pack ice may freeze up again, maybe for ages,
Immobilize you, until another heat ray shines on your way.

So, for all you may say: the streaming is vivid!
There is an ever-moving gravity at work.
Sometimes, it will pass by like a silent spirit,
Other times catch you, and shake you back to life!

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Alice McDuff ~ 6 June 2007

*Moment of a torque = the tendency to produce rotation or torsion; it is expressed as the product of a force and its distance from the axis of rotation. A torque is equivalent to a "couple" [phys.]:

http://www.grc.nasa.gov/WWW/K-12/airplane/torque.html
http://library.thinkquest.org/28388/Mechanics/Moment/Moment.htm
http://en.wikipedia.org/wiki/Torque

Serenity ~ raspberrytart


photo: raspberrytart